Derrière l’image: les webséries, la télé de demain?

vendredi, 25 mai 2012 à 12:29

Steve Martin / TV Hebdo - 2012-05-25 13:03:01

 

Depuis quelques années, la webtélé est un lieu de rencontre pour bien des jeunes (et moins jeunes) créateurs qui sont prêts à consacrer du temps et de l’énergie à la réalisation de leur projet. Il leur reste à attirer le public et, par extension, les commanditaires. C’est une tâche à laquelle s’affairent une poignée d’irréductibles artisans, dont les fondateurs du site Kebweb.tv, qui font avancer la cause un clic à la fois.

Coréalisatrice — avec son partenaire d’affaires et de création, Simon Côté — de Manigances, un thriller présenté en épisodes de 10 minutes, Isabel Dréan a commencé à s’intéresser à la webtélé alors qu’elle était comédienne à Los Angeles, dans les années 90.

Après avoir fondé une troupe de théâtre là-bas, avoir voyagé autour du globe et s’être installée au Laos — où elle a créé, en compagnie de son complice, divers commerces axés sur le tourisme durable et équitable —, elle est revenue au pays, où elle a profité de la vague de la webtélé pour se lancer dans l’aventure du site Kebweb.tv.

Isabel, comment en es-tu venue à t’intéresser à la webtélé?

Lorsque j’étais à Los Angeles, la webtélé est devenue très populaire. Par la suite, elle est passée de mode, puis elle est revenue. En 1999, on pouvait voir des webtélés ambitieuses commanditées par de grosses compagnies. Pepsi avait investi un million de dollars dans une série qui mettait en scène des jeunes dans une école secondaire. Beaucoup de gens pensaient que c’était l’avenir de la télévision.

Je me suis dit que ce serait génial de faire ce genre de chose au Québec. Nous avons fondé Kebweb afin d’avoir une sorte de chaîne de télé grâce à laquelle nous pourrions présenter des contenus divers et donner à des gens qui n’avaient pas été choisis par les grands diffuseurs, par la SODEQ ou par Téléfilm Canada la chance de faire voir leurs créations.

Y avait-il des webséries au Québec à l’époque?

Au Québec, je ne sais pas. Les têtes à claques est la première à avoir eu du succès ici, mais c’était quelques années plus tard.

Nous avons un terreau fertile pour ce genre de création. Nos artisans sont habitués à faire des petits miracles avec peu de moyens...

Avec les budgets que nous avons, nous produisons des séries de grande qualité. Par contre, les gens s’imaginent qu’il y a beaucoup de webséries aujourd’hui, alors qu’on en produisait beaucoup plus il y a quelques années. Cependant, elles étaient plutôt de niveau amateur; la qualité n’était pas toujours là. Tout le monde se disait: «Moi aussi, je peux faire de la webtélé!» 

Or, pour créer des séries comme Temps mort et Reine Rouge (de l’auteur Patrick Senécal), ça prend de l’argent. C’est très dur de tourner une production qui ne coûte rien, la fin de semaine, avec ses amis.

Est-ce difficile d’amener des partenaires à investir dans la webtélé?

Comme tout est encore à expérimenter, il faut s’adresser à des gens qui aiment prendre des risques. Au Québec, nous sommes un peu frileux. Aux États-Unis, la situation est différente mais, bien sûr, le milieu est plus vaste. Ici, les gens semblent penser que le public n’est pas encore prêt, alors que, au contraire, il l’est. Quand les gens découvrent une websérie qu’ils aiment, ils en redemandent. Il faut créer des habitudes.

Est-ce possible de vivre de la webtélé?

Même Simon-Olivier Fecteau, qui a connu beaucoup de succès grâce à En audition avec Simon, doit faire autre chose en parallèle. Les budgets sont tellement petits dans ce domaine qu’on ne gagne pas sa vie avec la webtélé. Très peu de gens arrivent à bien s’en tirer.

Cependant, Jonathan Roberge, le créateur de Fiston, a trouvé un bon concept: il a son style, sa marque, et bien des gens suivent sa série. Quant à Alexandre Champagne, à qui on doit Contrat d’gars, il ferait n’importe quoi sur le web et il aurait du succès.

Jonathan et lui ont leur propre vision de la webtélé, une vision que j’aime, même si elle est différente de la nôtre, qui est beaucoup plus large. Nous nous intéressons entre autres à ce que j’appelle le «cinéweb», c’est-à-dire un film en format télévisuel produit pour le web.

Comme Temps mort et Manigances...

Oui. En fin de compte, il n’y a pas de recette. On dit qu’en humour il faut produire des clips de 3 minutes ou moins, alors que nos capsules de Manigances durent 10 minutes et qu’on nous dit qu’elles sont trop courtes! 

Les gens sont prêts à écouter des webséries plus longues que celles que nous produisons actuellement. C’est pourquoi le concept de webtélé doit évoluer. Il n’y a pas que les vidéos de petits minous qui durent une minute et qu’on trouve sur YouTube qui peuvent obtenir du succès!

Dans Manigances, vous avez réuni une belle brochette de comédiens. Avez-vous eu du mal à les convaincre?

Au contraire, ç’a été très facile. Nous avons eu la chance que Jean-Guy Moreau et Maxim Martin participent au projet dès le départ. Les rôles ont été écrits pour eux. D’ailleurs, les textes étaient extrêmement bien écrits. Au bout du compte, c’est le projet qui parle — ou non — aux comédiens, et non le format, même s’ils acceptent une grosse baisse de salaire lorsqu’ils jouent dans un websérie.

On peut aussi prendre des risques sur le plan du casting…

Maxim n’avait jamais joué dans une série web. Jean-Guy, lui, avait déjà vécu cette expérience, mais il avait surtout fait des apparitions éclair alors que, dans Manigances, il avait un rôle important. Lors de la dernière journée de tournage, avant de nous quitter, il a dit à l’auteur: «Je suis heureux d’avoir participé à une série comme Manigances

C’était vraiment touchant. Il partait sur une note positive et il était fier de ce projet. Il était content de se faire redécouvrir d’une autre façon. Et c’est sûr que c’est tout un honneur pour nous d’avoir travaillé avec Jean-Guy pour son tout dernier rôle. Il y a vraiment eu de la magie sur le plateau. Tout le monde s’est bien entendu. 

Combien de temps a duré le tournage de Manigances?

Douze jours. C’est très peu pour tourner 90 minutes de contenu. Ç’a été un tournage très intense. Toute l’équipe était brûlée lorsque nous avons terminé!


source: http://www.tvhebdo.com/actualites-tele/derrire-l-image-les-websries-la-tl-de-demain/3922