Derrière l’image: pourquoi faire de la webtélé?

vendredi, 1 juin 2012 à 10:10

Derrière l’image: pourquoi faire de la webtélé?

Steve Martin / TV Hebdo - 2012-06-01 10:10:13

 

Les budgets sont infimes, et les salaires, souvent ridicules, quand les artisans ne travaillent pas bénévolement. Le nombre de spectateurs qui regardent chaque épisode est généralement infime si on le compare à l’audience d’une émission équivalente diffusée à la télé.

 

 

De plus, les artistes doivent souvent piger dans leur propre poche pour financer leurs projets ou demander le soutien des (rares) gens d’affaires qui ont le goût du risque, une âme généreuse et quelques dollars à investir dans une forme de création en plein essor, mais dont l’avenir est difficile à prévoir.

Alors, pourquoi consacrer son temps et son énergie à une série web? Trois artisans partagent avec nous leur point de vue sur la question.

Roberto Mei, coproducteur, Temps mort

Du cinéma sur le web

Parmi les plus importants succès d’estime made in Québec, la série postapocalyptique Temps mort se démarque après avoir remporté le prestigieux prix de la meilleure série dramatique en ligne au Banff World Media Festival, en 2011, et obtenu une nomination aux International Emmy Awards.

«C’est une série de science-fiction», explique Roberto Mei, comédien de formation (il a joué dans Gerry) et coproducteur en compagnie de Marco Frascarelli et d’Eric Piccoli, des Production Babel.

«Nous avons pris un être humain et nous l’avons placé dans un contexte extraordinaire, au lendemain d’un cataclysme. Nous analysons son comportement, nous examinons la manière dont il réagit, seul dans un chalet et coupé de toute communication. Dans la deuxième saison, nous traitons de la survie à deux et, dans la troisième, notre personnage se joint à une communauté.»

La facture cinématographique de la série est léchée, mais son budget est bien moindre que celui d’un film destiné au grand écran.

«Ce qui est intéressant, c’est que tout reste à développer dans le domaine de la webtélé. C’est un produit qu’on ne connaît pas encore bien, et les gens hésitent à investir dans de la publicité. Heureusement, depuis l’arrivée de Tou.tv, nous avons des chiffres, ce qui a nous a permis de créer une base de données destinée aux entreprises»

« Quand les gens d’affaires voient qu’En audition avec Simon compte 1,5 million de visionnements, ils se rendent compte qu’il y a là quelque chose d’intéressant. Contrat d’gars, sur Vtele.ca, attire également beaucoup de monde. Les séries humoristiques plaisent souvent à un public nombreux.»

«Quand nous avons commencé à travailler à Temps mort, il y avait surtout des productions comme Le cas Roberge en ligne. Il n’y avait pas de dramatiques. Alors, nous nous sommes demandé: “Pourquoi ne pas faire du cinéma sur le web?”»

«J’aime les scénarios intelligents et, surtout, les productions qui ont une belle facture cinématographique et une photographie intéressante. Des séries telles que Chroniques d’une mère indigne et Comment survivre aux weekends ressemblent à des téléromans, mais elles sont de très belle qualité. La série 11 règles est aussi bien réalisée.»

Pierre Verville, comédien, Temps mort (saison 3)

Le plaisir d’abord

«La webtélé ne m’était pas inconnue parce que j’avais participé à la série Zieuter.tv., explique le comédien qui s’est joint, en compagnie de Jean-Nicolas Verreault, à la distribution de la troisième et ultime saison de Temps mort. J’avais été impressionné par la qualité de la production. Les jeunes sont tellement forts! Ils maîtrisent bien la technologie. Ils ont “mangé” du cinéma et ils ont beaucoup d’idées.» 

Bien sûr, pour un artiste déjà établi, ce genre de contrat ne rapporte pas une fortune, mais il offre d’autres compensations.

«Les vedettes ne participent pas à ces productions pour s’enrichir. Personnellement, je cherche d’abord et avant tout des projets que j’aime, qui sont le fun à réaliser et qui donnent de bons résultats. On fait de la webtélé parce qu’on en a envie, et je pense que les producteurs et les artisans le comprennent très bien.»

«Sur le plan des horaires, ils font tout pour nous accommoder. Ils peuvent tourner des scènes rapidement. L’équipe de Temps mort a utilisé deux caméras tout au long du tournage; c’était étonnant. En cas de pépin, il faut trouver des solutions sur place.»

«Dans le cas de Temps mort, il n’y avait pas de neige, alors qu’elle était indispensable au tournage. L’équipe a dû réagir rapidement. Je l’ai trouvée très ingénieuse. Je ne suis pas du tout déçu du résultat!»

Patrick Senécal, scénariste et coréalisateur, La reine rouge

La liberté de créer

Plutôt que d’opter pour la gratuité, l’auteur de best-sellers a choisi de faire payer les visiteurs pour le visionnement en ligne de sa série La reine rouge avant de la lancer sur DVD. Résultat: 3000 abonnements et 5000 DVD vendus en moins de trois semaines.

«Dès le départ, nous voulions faire du web, explique l’auteur. C’est le coréalisateur Olivier Sabino qui me l’avait proposé. Il m’avait dit: “Au cinéma, ça va nous prendre trois ans pour convaincre la SODEC et Téléfilm Canada avant d’obtenir du financement.” Or, nous avions hâte de nous mettre au travail et nous avions le goût de réaliser la série nous-mêmes. Est-ce qu’on aurait accepté de donner de l’argent à deux gars qui n’ont jamais fait de réalisation? Pas vraiment!»

D’autant plus qu’un projet comme La reine rouge, riche en hémoglobine et en scènes explicites, n’était pas destiné à tous les publics, loin de là. Les deux hommes ont donc décidé de financer le projet de leur poche et se sont adjoint les services d’un troisième réalisateur, un certain Podz...

«Si nous avions payé tout le monde et fait les choses selon les règles, la série aurait coûté de 800 000 $ à 900 000 $, mais nous nous en sommes tirés pour 35 000 $, et ça ne paraît pas. Par contre, nous ne pourrons pas tourner une deuxième saison de la même manière. Il faudrait trouver des producteurs ou des diffuseurs qui nous financeraient.»

«Cependant, nous avons une bonne carte de visite, parce que le DVD de la première série a eu du succès. Nous avons les arguments nécessaires pour dire: “Il y a de la place pour La reine rouge, même si c’est une série un peu heavy!” D’un autre côté, un producteur peut tout contrôler. Lorsque nous avons tourné la première saison de façon indépendante, personne ne pouvait nous dire quoi faire.»

«Alors, quel genre de financement pourrons-nous obtenir si nous retournons sur le web? Nous nous posons des questions à ce sujet. Si nous voulons faire payer les gens pour visionner La reine rouge, il nous faut un budget suffisant. Nous ne pouvons pas présenter une série qui se passe dans une seule pièce ou qui ne met en scène que trois personnages. Dans La reine rouge, il y a de l’action, du sang et du sexe. Je ne sais pas si nous pouvons tourner une telle production avec le budget “normal” d’une série web...»

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